Le sang des varans de komodo pourrait résoudre le gros problème des antibiotiques


WHITCOMBERD VIA GETTY IMAGES
La bouche des varans (dragons) de Komodo contient de nombreuses bactéries dangereuses


La clé de la santé se cache-t-elle dans le sang des dragons? Non, nous ne parlerons pas ici d'une potion magique ou de la dernière saison de "Game of Thrones", mais de ce que les chercheurs ont découvert chez les plus gros lézards de la Terre.

Une équipe de scientifiques a effectivement analysé le sang des dragons de Komodo et y a découvert des protéines qui arrivent à tuer des bactéries très dangereuses pour l'homme, rapporte Science Alert, ce vendredi 24 février.

Pourquoi se concentrer sur ces étranges lézards de 3 mètres de long, qui vivent sur certaines îles indonésiennes? Car on a découvert en 2010 que leur bouche était un véritable nid à bactéries nocives: 57 différentes. Pourtant, les dragons de Komodo ne sont pas malades, même quand ils sont mordus par un congénère.

Cette caractéristique a poussé des chercheurs de l'université américaine George Mason à analyser en détail le sang de ces lézards. Dans leur étude, publiée dans le Journal of proteome, ils expliquent avoir identifié dans le sang des dragons de Komodo des protéines bien particulières, appelées "peptides antimicrobiens".

Des protéines qui tuent les "super bactéries"

Celles-ci, de différents types, sont présentes chez la plupart des êtres vivants. "C'est la partie de votre système immunitaire qui vous garde en vie les deux ou trois semaines avant que votre corps commence à produire des anticorps contre une infection bactériologique", explique Monique Van Hoek, co-auteure de l'étude, à Science Alert.

En analysant le sang des dragons de Komodo, les chercheurs ont réussi à isoler 48 peptides différents. Ils en ont ensuite synthétisé 8. Objectif: réaliser des tests plus approfondis, pour savoir contre quelles bactéries ils étaient efficaces.

Ils ont mis ces petites molécules en contact avec deux "super bactéries", Pseudomonas aeruginosa et le SARM, un staphylocoque doré bien particulier. Toutes deux sont résistantes à plusieurs antibiotiques. Résultat: sept des peptides testés par les chercheurs ont tué les deux bactéries. Le dernier n'a réussi à venir à bout que d'une seule.

Ces résultats sont encourageants et les chercheurs espèrent que de futures études sur ces fameuses protéines présentes dans le sang des dragons de Komodo pourraient nous permettre de créer des antibiotiques efficaces contre les super bactéries.

Et il y a urgence. De plus en plus de super bactéries se développent ces dernières années, notamment à cause de l'utilisation massive d'antibiotiques. Les scientifiques tentent donc par tous les moyens d'améliorer les antibiotiques, voire de les remplacer. Des chercheurs essayent par exemple d'inhiber une enzyme qui rend les bactéries résistantes aux antibiotiques bêta-lactamines, les plus utilisés.

Course contre la montre

D'autres chercheurs tentent des thérapies dites "antivirulences". Ici, on ne détruit pas la bactérie, mais on l'empêche d'infecter l'homme. C'est aussi avec cette logique que des chercheurs expérimentent une molécule universelle capable de cibler tous les virus. Dans les deux cas, les tests se poursuivent et l'on est encore loin d'une commercialisation

Enfin, d'autres chercheurs travaillent sur une méthode inspirée de la nature. Les bactéries ont elles-aussi des prédateurs, des virus appelés bactériophages. Plusieurs équipes travaillent sur des moyens de créer des virus tueurs de bactéries. La technique phare de ces dernières années, Crispr-Cas9, qui permet de modifier un gène très facilement, comme un ciseau à ADN, est d'ailleurs à la pointe de ces recherches.

David Bikard, directeur du laboratoire de biologie de synthèse de l'institut Pasteur, expliquait au HuffPost en janvier 2016: "Si l'on injecte CRISPR-Cas9 dans une bactérie, en utilisant par exemple un bactériophage, un virus destiné aux bactéries, la bactérie meurt". Cette méthode pourrait ainsi remplacer les traitements antibiotiques. Surtout, le ciseau à ADN élimine une bactérie bien précise et ne touche pas aux autres, essentielles pour l'organisme, alors que les antibiotiques sont "des sortes d'armes de destruction massive".

Reste à voir si ces différentes recherches seront plus rapides que les mutations de plus en plus dangereuses de ces super-bactéries.

Gregory Rozieres