Une (future) appli décèle aussi bien les cancers de la peau que les dermatologues


Et si demain, il n'y avait plus besoin d'aller chez le médecin pour analyser un grain de beauté suspect? Le 25 janvier, la science a rejoint la fiction dans une étude publiée dans la revue Nature.

Des chercheurs américains ont réalisé un petit concours entre une intelligence artificielle et 21 dermatologues diplômés. Objectif: diagnostiquer, à partir d'une simple photo, si un grain de beauté est totalement inoffensif ou s'il cache une tumeur maligne. Et le résultat est impressionnant: le programme a été aussi, voire plus efficace que les 21 médecins. Et ce sur des centaines d'images.

Comment est-ce possible? Les chercheurs ont utilisé une intelligence artificielle, un algorithme qui peut "apprendre" par l'expérience, via une technique en plein boom, le deep learning. C'est notamment grâce à celle-ci que votre smartphone reconnaît votre voix ou certains éléments sur vos photos.

Ils ont "nourri" le logiciel avec près de 130.000 photos de lésions cutanées (grains de beauté et autres points disgracieux), dont 2000 étaient liées à des maladies de la peau. En analysant ces photos, l'intelligence artificielle a appris à reconnaître une tumeur maligne et un simple grain de beauté. Ainsi, quand le programme se retrouve face à une nouvelle photo qu'il n'a jamais vu, il arrive à l'analyser grâce à cet apprentissage.

Bientôt, le smartphone-dermato?

Il y a évidemment des limites à cette étude. Ainsi, les images proposées correspondaient à deux types de lésions bien spécifiques, l'une bénigne, l'autre maligne. Reste à savoir si le programme serait aussi bon pour distinguer plusieurs maladies de la peau qui sont très similaires, par exemple.

Mais il y a aussi des raisons d'être optimiste pour la suite. Si les chercheurs ont eu un tel succès, ce n'est pas car ils ont utilisé une technologie nouvelle, mais parce qu'ils ont présenté un jeu de données (les 130.000 photos initiales) gigantesque: 10 fois plus que pour les précédentes études sur le sujet.

A l'inverse, le moteur de l'algorithme, Inception-v3, a été créé par Google et a été mis à disposition du public. Il ne serait donc pas impossible que la machine s'améliore encore à ce sujet.

Un diagnostic automatisé ne pourrait bien sûr jamais remplacer un médecin, mais le fait de pouvoir tester très facilement, avec son smartphone, si un grain de beauté mérite d'aller voir un dermatologue serait un progrès phénoménal. Ca tombe bien, les chercheurs estiment justement qu'il serait facile de transposer leur programme dans une application pour smartphone.

Gregory Rozieres