"Tant que tu vivras, cherche à t'instruire: ne présume pas que la vieillesse apporte avec elle la raison" Solon

Un régime de maïs chez les hamsters les pousse au cannibalisme



Pour les mères de hamsters sauvages d’Europe (comme le Grand Hamster d’Alsace), la malnutrition causée par un régime composé en grande partie de maïs les transforme en cannibales. C’est ce qu’ont constaté des scientifiques de l’université de Strasbourg (CNRS/ France).

Les femelles hamsters, qui sont en voie de disparition, nourris avec un régime de maïs sont beaucoup plus susceptibles de manger leurs petits que ceux nourris avec une alimentation équilibrée de blé, de trèfle et de vers de farine et cela fait partie d’un problème beaucoup plus large concernant notre agriculture.

L’agriculture moderne repose principalement sur la plantation d’une seule espèce de culture sur une vaste zone, plutôt que de les mélanger/ diversifier. Ces concentrations de monocultures nous facilitent certainement les choses, mais on craint depuis longtemps qu’elles soient néfastes à l’écosystème local.

L’année dernière, un rapport publié dans Nature par la Plate-forme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques a fait part de ses préoccupations quant au rôle que jouent les monocultures dans la réduction du nombre de pollinisateurs. Mais il y a eu peu de recherches sur l’effet que ces monocultures pourraient avoir sur les mammifères locaux, comme les hamsters européens sauvages, qui sont considérés comme étant en danger critique dans de nombreux pays d’Europe occidentale.

Selon les chercheurs :

Plus généralement, toutes les espèces avec de petits espaces de vie et qui vivent dans les paysages agricoles semblent être contraintes dans leur alimentation par des milliers d’hectares dominés par une ou deux cultures intensives.

Pour savoir si l’exposition à tant de maïs pouvait être mauvaise pour les populations locales de hamsters, les chercheurs ont mis en place une série d’expériences dans lesquelles ils ont nourri des groupes de hamsters européens avec un régime de blé ou de maïs, avec un peu de trèfle ou de vers de farine. Il y avait peu de différence dans la valeur énergétique de leurs repas et les deux groupes ont produit des portées de même nombre. Pourtant, 80% des portées de ceux qui vivaient avec un régime alimentaire composé de blé ont survécu, quand seulement 5 % des portées produites par les mères élevées avec du maïs ont passé le sevrage. Il s’avère que les mères élevées au maïs ne présentaient pas de comportement  maternel. Selon les chercheurs, les petits n’étaient pas regroupés dans le nid, mais éparpillés dans la cage, pour ensuite être regroupé près de la mangeoire à maïs avant d’être mangés encore vivant. Les femelles avaient également la langue gonflée et sombre, et un sang si épais qu’il était difficile pour les chercheurs de prélever des échantillons.

Tous ces symptômes sont semblables aux signes de carence en vitamine B3, qui provoque une maladie appelée pellagre chez l’humain, qui engendre diarrhées, démence et d’étranges changements de comportement chez ce dernier. Il est estimé que cette maladie a contribué à la mort d’environ 3 millions de personnes en Amérique du Nord et en Europe du milieu du 18e au milieu du 20e siècle.

Toujours selon les chercheurs :

Les régimes à base de maïs mal cuits ont été associés à des taux plus élevés d’homicide, de suicide et de cannibalisme chez les humains.

Pour vérifier si les hamsters subissaient le même sort, l’équipe a ajouté de la vitamine B3 dans le régime dominé par le maïs. Ce petit changement a suffi à inverser les symptômes comportementaux et les a empêchés de manger leurs petits, suggérant que le manque de B3 dans un régime dominé par le maïs modifiait le système nerveux des animaux de la même façon qu’il le fait chez les humains.

En 2011, la France a été condamnée à payer une amende de plusieurs millions d’euros pour ne pas voir pris soins de ces petits rongeurs alors que leur nombre diminue inexorablement. Pour les chercheurs, il est urgent de restaurer une gamme variée de plantes dans les programmes agricoles.

La biodiversité ne consiste pas seulement à maintenir en bonne état les écosystèmes naturels, mais aussi à utiliser nos connaissances pour produire des écosystèmes riches et bien gérés et si ce n’est pas les abeilles qui nous en remercieront, ce seront les petits des hamsters…