Le cancer du col de l'utérus serait un cadeau empoisonné de Néandertal





Voilà 300 000 ans, un homme néandertalien, gros et velu, tombe à l'improviste une mignonne petite femme moderne (c'est-à-dire une femelle Homo sapiens). Il se dit, miam-miam, je vais lui montrer ce que vaut un vrai Homo. Une fois l'acte sexuel consommé, la victime rentre dans sa tribu, non seulement avec la semence de son agresseur, mais également avec ses papillomavirus. Notamment le HPV16-A, le papillomavirus le plus impliqué dans le cancer du col de l'utérus (80 % des cas).

HTV16-A est absent de l'Afrique subsaharienne

À l'origine de cette révélation, on trouve une équipe franco-espagnole à laquelle appartient Ignacio Bravo, directeur de recherches au laboratoire maladies infectieuses et vecteurs (CNRS/IRAD.UM). L'enquête a été longue. Il a fallu remonter plusieurs centaines de milliers d'années en arrière pour reconstituer l'aventure du papillomavirus HPV16, dont HPV16-A est le variant le plus maléfique. HPV16 apparaît dans la lignée humaine bien avant la séparation des lignées originelles de Néandertal et de Homo sapiens voilà 400 000 ans. Quand le groupe, à l'origine des Néandertaliens, quitte sa famille africaine, il emporte naturellement le HPV16. Mais chez lui, ce virus évolue pour donner le variant HPV16-A, tandis qu'il reste identique chez nos ancêtres restés en Afrique. « Un détour évolutif qui pourrait peut-être expliquer l'oncogénicité augmenté du virus HPV16 », explique Ignacio Bravo.

Mais comment l'homme moderne a-t-il pu donc hériter du variant ? C'est évident : lors d'un rapport sexuel ! Ou même de plusieurs. Quand l'homme moderne est sorti d'Afrique et s'est retrouvé nez à nez avec son lointain cousin. Depuis plusieurs années, on sait qu'ils ont fricoté ensemble puisque 1 à 6 % de nos gènes sont un héritage de Néandertal. « On se demande si le degré d'intégration de ces gènes néandertaliens au sein du génome ne pourrait pas expliquer pourquoi 1 % des femmes sont incapables d'éliminer le virus et développent un cancer, » s'interroge Ignacio Bravo. En effet, parmi les gènes légués, certains sont impliqués dans la différenciation de la peau et de la réponse immunitaire. Autre preuve :  papillomavirus HTV16-A est absent de l'Afrique subsaharienne, là où les hommes restés au pays n'ont pas côtoyé les Néandertaliens.

FRÉDÉRIC LEWINO