"Tant que tu vivras, cherche à t'instruire: ne présume pas que la vieillesse apporte avec elle la raison" Solon

La cicatrisation sans cicatrice est-elle envisageable ?


Une équipe a identifié le mécanisme de réparation de la peau chez les embryons d'insectes et espère que ses travaux aboutiront un jour chez l'homme.




Imaginez que, quelques mois après un accident ou une intervention chirurgicale, toute trace de lésion disparaisse de votre peau. Plus rien de visible. C'est déjà ce qui se passe chez les embryons, chez qui il est parfois possible de réparer in utero un bec-de-lièvre. Malheureusement, cette propriété se perd au cours du développement. Mais des chercheurs* de l'École normale supérieure de Lyon ont réussi à comprendre chez l'insecte le mécanisme qui aboutit à ce résultat parfait. Ils viennent de publier leurs travaux dans la revue Nature Cell Biology et espèrent qu'il sera possible, un jour, d'améliorer la cicatrisation chez les humains.

L'équipe vient de confirmer expérimentalement une hypothèse vieille d'un quart de siècle : l'existence d'un câble formé d'actine (la composante principale de nos muscles), « qui forme un filin au sein de chaque cellule, relié d'une cellule à l'autre par des molécules d'adhérence. Le câble donne donc une cohésion d'ensemble », précise un communiqué du CNRS. Ce fameux câble, qui n'a jamais été retrouvé chez l'adulte, est présent chez les embryons de multiples espèces. L'hypothèse de départ était qu'il agit « comme un cordon de bourse qui accélère la fermeture de la plaie et conduit à une cicatrisation parfaite ». Ce modèle a par exemple déjà été observé chez l'embryon de la mouche du vinaigre.

Masser et hydrater 

Les chercheurs ont récemment observé que, malgré l'absence de ce câble chez certains insectes mutants, les plaies se referment aussi vite. Mais, « dans ce cas, les cellules du bord du tissu sont étirées, compressées et n'adoptent pas leur forme rectangulaire. Ces cellules ne sont pas organisées de manière régulière », précisent-ils. Et, « lors de la différenciation de l'épiderme, les défauts perdurent et les soies qui recouvrent l'animal sont désorganisées. Ces défauts persistants sont caractéristiques d'une cicatrice ». Cela prouve que le câble permet « d'homogénéiser les forces et de coordonner les cellules afin de conserver un tissu homogène ». Reste maintenant à prouver que c'est la même chose chez les vertébrés…, puis chez l'homme.

En attendant, la seule solution est de prendre soin de ses cicatrices pour qu'elles soient le moins visibles possible. Les spécialistes rappellent qu'il faut de longs mois pour que la peau se reconstitue. Pendant tout ce temps, il est indispensable de masser la zone concernée, de l'hydrater et évidemment de la mettre à l'abri du soleil. Malgré cela, certaines cicatrices restent très pigmentées, d'autres deviennent blanches, sont dites rétractiles (surtout après une brûlure), hypertrophiques (en relief) ou carrément chéloïdiennes (boursouflées). Il est en général possible d'améliorer leur aspect, avec des traitements variables selon le type de problème, mais rien ne donne d'aussi bons résultats que le câble d'actine, d'où l'espoir suscité par ces travaux.

* Laboratoire de biologie et modélisation de la cellule CNRS UMR5239-ENS, Université Claude Bernard-Lyon 1, École normale supérieure de Lyon.

ANNE JEANBLANC