"Tant que tu vivras, cherche à t'instruire: ne présume pas que la vieillesse apporte avec elle la raison" Solon

La limite de l’espérance de vie d’un être humain est de 122 ans et nous ne sommes pas près de la dépasser




Nous ne vivrons pas éternellement. Bien que les sciences essayent de retarder l’inévitable (médecine régénérative, culture d’organes…) une nouvelle étude publiée cette semaine affirme que les humains ont probablement une limite de durée de vie naturelle qui est en deçà de 122 ans. De plus, les chances que quiconque dépasse les 125 ans, dans les années à venir, sont inférieures à 1 sur 10 000.

Selon le généticien moléculaire Jan Vijg et son équipe de l’Albert Einstein College of Medicine (New York, Etats-Unis) à l’origine de cette étude :

En analysant les données démographiques mondiales, nous montrons que l’amélioration de la survie avec l’âge a tendance à diminuer après 100 ans, et que l’âge au moment du décès de la plus vieille personne au monde n’a pas augmenté depuis les années 1990. Nos résultats suggèrent fortement que la durée de vie maximale des humains est fixe et soumise à des contraintes naturelles.

L’équipe a d’abord examiné l’argument selon lequel il n’y a en fait aucune limite à notre longévité, pointant du doigt des études sur des organismes modèles qui montrent que les interventions génétiques et pharmacologiques font de la mort une cible flexible et mobile. Elle a également souligné les statistiques de la Suède, où l’espérance de vie est passée d’un âge maximum de 101 ans, en 1860, à 108 ans dans les années 90. Cette progression s’est reproduite dans la plupart des autres pays développés et selon les chercheurs :

…par conséquent, la possibilité a été considérée que la mortalité peut encore diminuer, brisant toutes les frontières préconçues de la durée de vie humaine.

L’équipe a utilisé les données de la Human Mortality Database (Table de mortalité) pour vérifier ces résultats et voir comment la durée de vie a changé au cours des dernières décennies. Ils ont remarqué un changement vers 1980, les taux de mortalité semblaient se stabiliser. Ce fut le cas dans 88 % des 41 pays de la base de données.

Afin de voir comment a évolué la limite d’âge, ils ont retracé l’évolution de l’âge maximal annuel déclaré à la mort en  France, Japon, Royaume-Uni et aux États-Unis, en utilisant  la base de données internationale sur la longévité. Ils ont ainsi  constaté que les limites d’âge ont augmenté rapidement entre les années 70 et 90, mais qu’elles se sont stabilisées vers 1995. La personne la plus âgée fut Jeanne Calment, qui est morte à 122 ans, en 1997. Après 1995, la forte augmentation s’est arrêtée pour être suivie par une légère diminution.

L’âge déclaré de la mort de “supercentenaires”. (Image: Dong et col. 2016 / Nature)



En comparant ces résultats avec les données du Gerontological Research Group (Groupe de recherche en gérontologie), les auteurs ont constaté des tendances similaires. Après avoir mutualisé les résultats, l’équipe a créé un modèle pour l’espérance de vie maximale pour arriver à déterminer qu’il y a une chance sur 10 000  qu’un humain, quiconque aille au-delà des 125 ans.

L’équipe a également examiné l’augmentation dans le temps de notre survie à des âges spécifiques. Par exemple, la probabilité qu’un homme survive passé les 70 ans a augmenté de façon spectaculaire en France et dans d’autres pays, depuis les années 1900.

Pour S. Jay Olshansky, de l’université de l’Illinois à Chicago aux États-Unis, dans une analyse accompagnant l’étude :

L’idée d’une “limite naturelle” à la vie ne signifie pas que cela soit le sous-produit direct d’une programmation génétique qui provoque le vieillissement et la mort. Cela signifie qu’il n’y a pas de limite fixe au-delà de laquelle les humains ne peuvent vivre, mais il y a néanmoins des limites à la durée de vie qui sont imposées par d’autres traits d’histoire de vie génétiquement fixes.

Bien que des interventions dans ces programmes génétiques soient à l’étude, les chercheurs précisent que la tâche est énorme compte tenu de la vaste gamme de variantes génétiques qui déterminent notre durée de vie.

Toujours selon Olshanksy :

Contrairement aux futurologues affirmant que l’extension radicale de la vie ou l’immortalité est à portée de main, une affirmation qui a été fait au cours des des deux mille dernières années par des alchimistes modernes anti-âge (charlatans), il est peu probable que nous vivrons beaucoup plus longtemps que celui/ celle qui, d’entre nous, a vécu le plus longtemps.

Olshansky arrive à peu près à la même conclusion que des chercheurs de l’université du Massachusetts, en 2015, estimant qu’actuellement l’extension de la vie la plus probable correspond à étendre la partie de notre existence qui n’est pas forcément la plus excitante, la vieillesse. Ainsi, nous ferions mieux de nous focaliser essentiellement à mieux vivre la vie, notamment la vieillesse, au lieu de la rallonger.