"Tant que tu vivras, cherche à t'instruire: ne présume pas que la vieillesse apporte avec elle la raison" Solon

Un mystérieux manuscrit médiéval édité et vendu 8 000 euros


Un livre énigmatique découvert par l'antiquaire Voynich et rédigé dans une langue inconnue va être commercialisé à 898 exemplaires par l'éditeur Siloe.



Les amateurs de cryptographie attendent sa sortie avec impatience. Le manuscrit Voynich, du nom de l'antiquaire qui l'avait découvert vers 1912 en Italie, va être prochainement publié en Espagne. La maison d'édition Siloe, basée à Burgos dans le nord de l'Espagne, va imprimer 898 exemplaires de ce parchemin médiéval dans les semaines qui viennent.

Rédigé dans une langue mystérieuse qui laisse encore interdits les historiens, cet ouvrage altéré par le temps ne sort que rarement du coffre-fort de la bibliothèque Beinecke où il est conservé, sur le campus de l'université Yale aux États-Unis. Après dix ans d'efforts, l'éditeur Juan Jose Garcia a enfin reçu l'autorisation de le reproduire.

Fac-similé

Spécialisée dans la publication de fac-similés de manuscrits anciens, Siloe a acheté les droits de reproduction, pour une somme gardée secrète, afin d'en diffuser moins d'un millier de « copies ». La maison d'édition a pris l'habitude de publier 898 exemplaires de chacun des ouvrages de son catalogue, par simple coquetterie. 898 est un palindrome qui se lit de la même manière de la droite vers la gauche et de la gauche vers la droite.

L'entreprise compte mettre 18 mois pour fabriquer le premier fac-similé de ce manuscrit de 200 pages, guère plus grand qu'un livre de poche. Chaque page a été photographiée avec soin en avril dernier. Et un papier spécial a été mis au point, à partir d'une pâte conçue par la société pour ressembler au vélin d'origine. Les imperfections et les trous dans le manuscrit original seront recréés grâce à des procédés spéciaux sur lesquels Juan Jose Garcia reste discret. Probablement une imprimante 3D.

Vrai ou faux manuscrit ?

La première allusion faisant état de l'existence du manuscrit Voynich remonte au XVIIe siècle (dans une correspondance). Mais cet ouvrage serait, en réalité, plus ancien. Pendant longtemps, il fut présenté comme l'oeuvre d'un moine franciscain du XIIIe siècle, l'Anglais Roger Bacon, que son intérêt pour l'alchimie et la magie conduisit en prison. Mais cette théorie a été rejetée en 2009 quand le manuscrit a été soumis à une datation au carbone 14, selon laquelle il aurait été fabriqué entre 1404 et 1438.

Certains imaginent qu'il aurait pu être l'oeuvre du jeune génie de la Renaissance italienne Léonard de Vinci, d'autres d'un inconnu écrivant en langage codé pour échapper à l'Inquisition. Une poignée de doux rêveurs a même échafaudé l'idée selon laquelle son auteur serait un extraterrestre qui l'aurait laissé en cadeau après une visite sur Terre. Le fait que ce soit le résultat d'un canular sophistiqué n'est pas exclu non plus.

Incompréhensible en l'état

Son contenu reste en tout cas des plus énigmatiques. Des centaines de chercheurs ont passé des mois à tenter d'interpréter ce livre mystérieux – avec ses pages d'écriture manuscrite élégante, ses illustrations de plantes étranges et ses dessins de femmes nues – auquel on attribua même certains pouvoirs magiques...

Les plantes qui y sont dessinées n'ont jamais été identifiées. Et ses traités d'astronomie et ses illustrations de femmes n'ont toujours pas livré leurs secrets. Était-ce la recette d'un élixir de jeunesse éternelle ? Un simple traité d'herboristerie ou un ouvrage de médecine ? Parmi ceux qui ont échoué à le déchiffrer figure le cryptologue américain William Friedman, qui s'attaqua avec succès au code utilisé par l'armée japonaise pendant la Seconde Guerre mondiale.

Une belle opération commerciale

Selon Siloe, 300 acheteurs se seraient d'ores et déjà manifestés pour « réserver » un exemplaire malgré le prix élevé de l'ouvrage. Chaque fac-similé est vendu entre 7 000 et 8 000 euros (entre 7 800 et 8 900 dollars). Raymond Clemens, conservateur de la bibliothèque Beinecke, espère que cela permettra d'élucider l'énigme qui entoure ce livre.

À ce jour, le seul à avoir percé le secret est un personnage de fiction : l'archéologue Indiana Jones, dans un roman. Mais la bibliothèque Beinecke reçoit chaque mois des milliers de courriels de personnes qui pensent avoir levé le mystère, assure Rene Zandbergen, un ingénieur spatial devenu un expert du manuscrit. « Plus de 90 % de ceux qui accèdent à la bibliothèque en ligne le font pour le manuscrit Voynich », dit-il.

AFP