Premiers essais d’un vaccin universel contre le cancer


Cellules pancréatiques cancéreuses (Cancer Research UK)


De modifier des cellules immunitaires pour qu’elles attaquent un cancer représente une forme de traitement très prometteuse, mais qui reste complexe, car elle consiste à extraire et à modifier des cellules T avant de les réinjecter dans le corps. Des scientifiques ont récemment présenté une nouvelle manière d’armer les cellules immunitaires sans les extraire du corps, les dotant d’une capacité à lutter contre tous les types de cancer, en fournissant un début de preuve de faisabilité d’un vaccin universel peu couteux.

L’immunothérapie adoptive (ou transfert adoptif de cellules), est "l’idée" que nos cellules immunitaires peuvent être configurées/ réglées pour lutter contre un cancer et elle est explorée par les scientifiques depuis les années 1980. De sérieuses et encourageantes avancées ont été réalisées au cours des dernières années et plus récemment par le biais d’un essai portant sur des patients atteints de cancer du sang (leucémie) avancé qui ont réagi à 93 % de manière très positive.

La technique fonctionne en récoltant les cellules T du corps, qui jouent un rôle central dans la réponse immunitaire et de les armer avec des molécules reconnaissant le transfert de gènes du cancer. Appelées récepteurs antigéniques chimériques, ces molécules donnent aux cellules modifiées la capacité de repérer les protéines sur les cellules cancéreuses, une fois qu’elles sont injectées dans le corps. A l’intérieure, elles s’accrochent aux cellules cancéreuses et commencent à les tuer.

Présentant de grands espoirs, cette méthode repose malheureusement sur les propriétés uniques du cancer du sang (leucémie) pour que les cellules T modifiées sachent repérer leur cible. Les scientifiques ont été incapables d’appliquer cette approche à des tumeurs solides où ces marqueurs clairs ne sont pas facilement disponibles : les cellules immunitaires ont du mal à distinguer les cellules saines, de celles cancéreuses.

Mais des scientifiques allemands viennent d’annoncer une avancée très prometteuse. Dirigée par le professeur Ugur Sahin de l’université Johannes Gutenberg de Mayence, l’équipe rapporte qu’elle a cherché à former des cellules immunitaires de manière peu couteuse et rapide et qui peuvent être réglées pour attaquer tout type de cancer.

Les scientifiques commencent par envelopper un bout de code d’ARN génétique du cancer ciblé dans une membrane grasse. Ils donnent ensuite à ces particules, qu’ils ont surnommées ARN-LPX, une charge négative. Une fois injectée dans la circulation sanguine, cette  légère charge électrique guide les particules vers les cellules immunitaires dendritiques qui indiquent au système immunitaire les cibles à attaquer.

Une fois réunit, les cellules dendritiques réagissent au code de l’ARN pour provoquer la production d’antigènes spécifiques du cancer, des molécules qui marquent un envahisseur comme une menace afin que d’autres cellules immunitaires puissent s’y attaquer. Cela entraine une réponse immunitaire et la production d’une foule de cellules T prêtes à se rendre au combat.

Les chercheurs ont testé cette nouvelle méthode sur trois patients et des souris atteintes de mélanome, non dans le but d’éliminer les tumeurs, mais d’établir s’ils pouvaient "diriger" le système immunitaire. Et ils ont trouvé que cela avait induit une "profonde" expansion des cellules T, ce qui suggère que la technique peut aider les défenses de l’organisme à s’attaquer aux cellules cancéreuses.

Mais ce qui pourrait être l’aspect le plus prometteur de cette nouvelle technologie est sa polyvalence. "Virtuellement tous les antigènes de tumeur peuvent être codée par l’ARN," écrivent les chercheurs, ce qui signifie que tant qu’un échantillon de tumeur peut être récupéré et qu’un profil génétique peut être créé, les particules ARN-LPX peuvent être programmés pour lutter contre, pratiquement,  tous les types de cancer.

Avec un si petit échantillon testé, il en faudra encore d’autre pour prouver de son efficacité et du temps avant qu’un vaccin universel ait une utilisation clinique.