"Tant que tu vivras, cherche à t'instruire: ne présume pas que la vieillesse apporte avec elle la raison" Solon

Les superbactéries pourraient tuer jusqu’à 10 millions de personnes par an d’ici à 2050


 “super gonorrhoea” souches microbienne antibiorésistantes de la Gonorrhée, qui a donc muté pour résistée à la plupart des antibiotiques actuels. (Public Health Image Library)



En juillet 2014, le gouvernement britannique a commandé une étude sur la résistance aux antibiotiques (Review on Antimicrobial Resistance (RAM)) pour répondre à la préoccupation croissante que des “superbactéries”, des bactéries qui pourraient éventuellement évoluer et d’autres qui se sont déjà adaptées au point qu’il n’y ait plus aucun antibiotique qui ait un effet sur elles. Les conclusions du rapport ont été publiées cette semaine et elles comprennent un plan d’action global pour empêcher le monde d’être “jeté de nouveau dans les âges sombres de la médecine."

Petit rappel : Naturellement, soumis à un stress extérieur (comme les antibiotiques), les bactéries auront tendance à se multiplier à un rythme effréné et dans cette quantité de nouveaux individus certains auront des “malformations”, une ou des différences qui pourraient leur permettre de résister à l’antibiotique. L’autre source de mutations est le transfert horizontal de gènes, dans lequel des morceaux de matériel génétique flottent librement entre les microbes. Les gènes individuels peuvent être échangés de cette manière, tout comme des arsenaux entiers d’unités génétiques, tels que le facteur de résistance NDM-1 qui a émergé en Inde en 2010 et met au tapis des classes entières d’antibiotiques communs.

Ainsi, l’étude prédit que, si aucune mesure sérieuse n’est prise, des bactéries multirésistantes pourrait tuer jusqu’à 10 millions de personnes par an d’ici 2050, ce qui équivaut à une personne toutes les trois secondes.

Graphique tirée de l’étude : morts attribuables à la résistances aux antibiotiques (Review on Antimicrobial Resistance)



Le rapport décrit 10 domaines où des mesures devront être prises pour prévenir ou atténuer la menace, tout en suggérant des stratégies.

La toute première suggestion consiste à mettre en place, le plus tôt possible, une campagne mondiale de sensibilisation du public sur le problème, coordonnée entre les organisations industrielles, gouvernementales et non gouvernementales, avec un lancement officiel lors de l’Assemblée générale de l’ONU, en septembre.

La surprescription médicale est un facteur majeur contribuant au problème et le rapport recommande que nous réduisions l’utilisation d’antibiotiques et de repousser au maximum le moment où ils devraient être prescrits. Cela devrait ralentir l’évolution des bactéries et des virus, rendant nos médicaments actuels efficaces plus longtemps.

Cependant, comme les antibiotiques existants deviennent inévitablement inefficaces, de nouveau doivent être en mesure de les remplacer. Et bien qu’il y ai des développements prometteurs, la recherche nécessite des fonds supplémentaires et des récompenses des organismes comme le G20 pour inciter les chercheurs à développer de nouveaux médicaments.

Le rapport a également souligné la sur-utilisation des antibiotiques dans l’agriculture, où ils sont donnés aux animaux, souvent inutilement, quand ils pourraient être vitaux pour l’homme. Leur réduction sur ceux-ci, ainsi que notre propre usage, pourrait jouer un rôle dans le maintien de nos stocks actuels jusqu’à ce que de nouveaux médicaments puissent être développés.

Bien sûr, ces méthodes et les recommandations ont un coût, et le rapport décrit comment ces mesures pourraient être réglées financièrement. Un "très petit pourcentage du budget actuel de la santé des pays du G20" pourrait financer cet objectif, et la mise en œuvre d’une taxe sur l’utilisation des antibiotiques et sur les sociétés pharmaceutiques qui ne se sont pas investies dans la recherche AMR pourrait aider à lever des capitaux tout en décourageant les prescriptions inutiles.

Selon le document, le coût de l’action est estimé à 40 milliards de dollars (35 milliards d’euros) sur 10 ans, mais il est clair que le coût de l’inaction sera beaucoup plus grand : dans les 100 mille milliards de dollars, sans parler des pertes humaines.

Comme une coopération internationale est essentielle, le rapport sollicite l’Assemblée mondiale de la Santé, le G7, G20, et l’ONU pour adopter les propositions de politiques recommandées dans le rapport et de les transformer en action.