"Tant que tu vivras, cherche à t'instruire: ne présume pas que la vieillesse apporte avec elle la raison" Solon

Un médicament contre le cancer de la thyroïde


Une substance développée par des scientifiques en Suisse permet de cibler et de traiter le cancer médullaire de la thyroïde.

Dès que le nouveau médicament sera autorisé pour des essais cliniques, il sera testé sur des patients par des médecins de la clinique de médecine nucléaire de l'Université de Bâle. (photo: Keystone)



Derrière cette avancée, il y a des chercheurs de l'Institut Paul Scherrer (PSI). Ils ont développé une substance qui permet de cibler et de traiter une forme particulièrement maligne du cancer de la thyroïde.

Une première étude devrait être menée sur des patients de l'Hôpital universitaire de Bâle.

Un cancer particulièrement agressif

Les chercheurs utilisent une protéine apparentée à la gastrine, une hormone produite par l'organisme, et la dotent d'une substance radioactive. Cette substance est capable de s'arrimer à la surface des cellules tumorales. Grâce à la courte portée de son rayonnement, elle détruit la tumeur tout en ménageant les tissus environnants, a communiqué le PSI mercredi.

Ce nouveau médicament permet de traiter une forme de cancer de la thyroïde plutôt rare mais particulièrement agressif: le cancer médullaire de la thyroïde (CMT). Ce dernier est impossible à traiter avec le traitement habituel à l'iode radioactif. Ces cancers sont une fois sur quatre transmis de manière héréditaire, c'est pourquoi ils touchent aussi des enfants ou de jeunes adultes.

Qualité de vie très entravée

Si le cancer est découvert à un stade précoce, le patient peut être soigné moyennant une ablation chirurgicale complète de la glande thyroïde suivie d'une chimiothérapie. «Mais si la tumeur a formé des métastases, une guérison est pratiquement exclue», explique Martin Béhé, cité dans le communiqué de presse du PSI.

Le malade peut survivre entre huit et quinze ans, mais sa qualité de vie est très entravée par les effets secondaires de la tumeur et de ses métastases. Ces dernières sécrètent des hormones qui provoquent de l'hypertension artérielle et des violentes diarrhées.

Arrimage à la surface des cellules malades

Le cancer médullaire de la thyroïde (CMT) se développe aux dépens de ce que les chercheurs nomment les cellules C, situées dans le tissu conjonctif de la glande thyroïde. Ces cellules C portent à leur surface des molécules, qui sont autant de récepteurs sur lesquels se lient certaines hormones produites par l'organisme comme la gastrine et la cholécystokinine.

Dans 92% des CMT, ces récepteurs sont particulièrement nombreux. Le traitement mis au point par les chercheurs du PSI est une molécule à la structure chimique similaire à la gastrine: la minigastrine. Porteur d'une substance radioactive, le lutécium-177, il se fixe directement sur ces récepteurs pour acheminer la radioactivité aux cellules cancéreuses afin de les détruire.

Dès lors, il est possible de suivre l'évolution de la propagation du cancer médullaire de la thyroïde par imagerie. En effet, le nouveau médicament émet un rayonnement, qui peut être capté par une gamma-caméra. Cette caméra produit une image permettant de visualiser l'accumulation du radiotraceur dans l'organisme, plus particulièrement dans la tumeur et ses métastases.

Tests sur des patients

Les recherches ont été menées par Martin Béhé et plusieurs autres scientifiques européens dans le cadre de l'initiative de la Coopération européenne en sciences et technologies (COST). Après plusieurs années de tests, Martin Béhé et son équipe du PSI ont trouvé le bon radiotraceur, qui détruit un nombre élevé de cellules tumorales tout en provoquant le moins d'effets indésirables possible.

«Ici, au PSI, nous avons développé le nouveau radiotraceur à un stade suffisamment avancé pour pouvoir le produire de manière standardisée, conformément aux réglementations pharmaceutiques. Nous avons déposé une demande d«autorisation auprès de Swissmedic, l«autorité suisse de contrôle des produits thérapeutiques, pour une étude clinique», se réjouit Martin Béhé, cité dans le communiqué de presse.

Dès que le nouveau médicament sera autorisé pour des essais cliniques, il sera testé sur des patients par des médecins de la clinique de médecine nucléaire de l'Université de Bâle. L'étude aurait déjà reçu l'autorisation de la commission d'éthique et bénéficierait du soutien de la ligue suisse contre le cancer, selon le PSI.

ATS