«Ce que j'ai appris en simulant la vie sur Mars»


Depuis 5 mois, six «colons» tentent de vivre comme ils le feraient sur la planète rouge. L'un d'eux raconte.

Pour l'auteure de l'essai, le défi pour les colons sur Mars sera davantage psychologique que technologique. (photo: Twitter/Nasa)


Dans un essai publié vendredi sur le webzine Aeon, le médecin Sheyna Gifford raconte son expérience au sein d'une équipe de la NASA qui simule depuis 5 mois les conditions de vie d'une colonie sur la planète rouge. L'expérience sur sMars (pour Simulated Mars), qui se déroule à Hawaï, doit durer un an.

«Nous avons tous les six atterri sur la grande île d'Hawaï à la fin du mois d'août 2015 (...). Nous constituons une équipe volontairement diverses de six astronautes "simulés": un architecte, un ingénieur, trois scientifiques et un docteur (moi). Quand nous émergerons de là le 28 août 2016, nous serons les vétérans de la plus longue simulation de la vie sur Mars financée par la NASA de l'histoire» écrit la participante.

«Un collectif de fermiers-scientifiques»

L'équipe vit sous un dôme de 111 mètres carrés à 2400 mètres au dessus du niveau de la mer, dans le cratère volcanique de Mauna Kea (Voir infographie en bas d'article). Ils peuvent le quitter dans leur combinaison spatiale. Des vivres déshydratées et de l'eau leur sont livrées périodiquement. «Entre temps, nous subsistons avec ce que nous avons». «Nous opérons donc comme un collectif de fermiers-scientifiques, chacun d'entre nous tente de cultiver quelque chose (...) Sans graines et sans cultures, la nourriture saine est en danger, et donc nous le sommes aussi».

Ci-dessous, une photo twittée par Cyprien Verseux, 25 ans, astro-biologiste français:



Ci-dessous: «Aujourd'hui nous avons récolté nos premières tomates cerises!»



Dans une micro-société basée sur aucune monnaie ou distraction (pas de téléphone, rare accès à internet, chaque message met 20 minutes à arriver), «la valeur est basée presque uniquement sur l'utilité: d'un objet, d'une tâche, d'une personne». «Nos principales préoccupations tournent autour du soleil, de l'air, de l'eau et de la roche - et plus spécifiquement autour de ce que nous pouvons et ne pouvons pas faire avec ces éléments de base, combinés».

Celle-ci décrit le défi que représente parfois la vie en si petit comité. «On découvre rapidement que ce qui est propre, poli ou acceptable pour vous n'est pas nécessairement propre, poli ou acceptable pour quelqu'un d'autre», et pourtant, claquer la porte n'est pas une option.

«Pas de soleil direct ou de vent sur nos visages»

Les expériences «terrestres» qui lui manquent le plus? Ce que les Terriens ne remarquent même plus: sur sMars, «pas de lumière du soleil directe ou de vent sur nos visages pendant une année complète. Pas de pluie non plus».

Les avancées technologiques nécessaires au succès de la mission seront développées en temps et en heure, mais une leçon cruciale de l'expédition est, selon l'auteure de l'essai, que la seule chose que nous ne pouvons créer de toutes pièces, «ce sont les gens. Physiquement et mentalement, émotionnellement et spirituellement, nous sommes des boîtes noires sous un dôme blanc sur une planète rouge», souligne-t-elle.

«C'est ça, la vie sur Mars: une planète distante et inhospitalière, peuplée seulement par des gens sans qui vous ne pouvez pas vivre, et qui ne peuvent pas vivre sans vous». Et de se demander: «Peut-être y a-t-il un secret à la vie en harmonie que nous pouvions découvrir en s'entraînant sur sMars?»

Pour en savoir plus: l'essai du Dr Sheyna Gifford, le blog du Français Cyprien Verseux.


Célia Héron