Climatisation : pourquoi les femmes ont si froid


L'air conditionné a été mis au point en fonction de la chaleur corporelle dégagée par… un homme. L'invention, peu écologique, n'est pas adaptée aux femmes.

La polémique commence lorsqu'une journaliste du Washington Post se demande, dans un article publié la semaine dernière, si la climatisation n'est pas sexiste. En effet, les femmes ajustent leurs tenues à la saison estivale là où les hommes continuent à porter leurs fidèles costumes-cravates. Par ces grandes journées d'été, on voit pourtant des femmes sortir de leurs buildings flambant neufs couvertes de pulls et écharpes en laine, tandis que leurs collègues masculins déambulent en chemise. Les témoignages de la gent féminine foisonnent sur la Toile, qui réclament des plaids pour travailler. L'une d'elles se voit même devenir un Marcheur blanc, célèbre créature venue du Nord dans la série Game of Thrones.

« Discrimination thermique du fait du sexe »

Une étude néerlandaise, réalisée par Boris Kingma et Wouter van Marken Lichtenbelt et reprise par le New York Times , révèle que la climatisation est basée sur plusieurs facteurs comme la température ambiante, l'humidité, mais aussi... la chaleur produite par l'homme. À l'époque de sa création, dans les années 1960-1970, l'une des unités de mesure était donc le « métabolisme de base » d'un homme au repos d'environ quarante ans pesant 70 kilos, profil majoritaire dans les entreprises à l'époque. Ce métabolisme de base peut se traduire par une production de chaleur 35 % supérieure aux moyennes féminines, ce qui provoque une « discrimination thermique du fait du sexe ». Une femme se sentira à l'aise dans un environnement à environ 25 °C là où un homme préférera les températures avoisinant 21 °C.

Dioxyde de carbone

« Les modèles de confort thermique doivent être ajustés au métabolisme de base actuel en incluant les valeurs pour les femmes », rappelle Boris Kingma. Au-delà de la problématique féminine, l'étude, initialement publiée dans le journal Nature Climate Change , rappelle qu'il y a aussi une véritable préoccupation écologique. La climatisation consomme beaucoup d'énergie. 30 % des émissions de dioxyde de carbone sont générées par les maisons et bureaux. « Si vous avez une vision plus précise de la demande en température des personnes présentes dans le bureau, vous pouvez consommer moins d'énergie, et donc avoir une émission de CO2 moins élevée », explique le Dr Kingma, l'un des auteurs de l'étude.

Les chercheurs de l'université de Maastricht proposent tout simplement de revoir le calcul. Ils ont ajouté au métabolisme de base de l'homme celui de la femme, issu d'expériences menées auprès de 16 femmes de 20 ans. Pour une température qui enterre la guerre des sexes !

SIXTINE LYS