"Tant que tu vivras, cherche à t'instruire: ne présume pas que la vieillesse apporte avec elle la raison" Solon

La Lune a-t-elle une réelle influence sur les plantes ?



Faut-il on non jardiner en tenant compte des cycles de la Lune voire des signes du zodiaque comme le font les adeptes de la biodynamie ? À l'heure où la végétation se réveille tout doucement, grâce à ce soleil généreux qui promet encore de briller ce week-end , la question récurrente mérite d'être posée une nouvelle fois.

D'un côté la presse spécialisée dans le jardinage, la presse grand public mais aussi de nombreux ouvrages et sites Internet vantent les bienfaits de notre satellite naturel qui, non content de susciter le phénomène des marées, aurait également une influence déterminante sur la croissance et le développement des plantes. Qu'il s'agisse de semer, de planter, de repiquer, de tailler, de bouturer, de récolter, tous les gestes du jardinier devraient tenir compte du mouvement ascendant puis descendant de la Lune, de sa traversée du plan de l'écliptique (les fameux nœuds lunaires) ou de son passage devant les constellations du zodiaque.

Signes de Terre

On lit notamment que les signes de Terre (Taureau, Vierge, Capricorne) seraient favorables aux racines et donc à des plantes comme la betterave, la carotte ou le radis, les signes d'Eau (Cancer, Scorpion, Poissons) aux feuilles (salades, choux), les signes d'Air (Gémeaux, Balance, Verseau) aux fleurs et les signes de Feu (Bélier, Lion, Sagittaire) aux graines et aux fruits (y compris des légumes comme l'aubergine, la courgette ou la tomate). Pour s'y retrouver, les jardiniers peuvent se référer à un calendrier lunaire comme celui édité chaque année, en janvier, par le magazine Rustica.

«Si la lune a une influence sur les plantes, elles est infinitésimale».

De l'autre, nombre de scientifiques, y compris, avant eux, les grands agronomes des XVIe et XVIIe siècles comme Olivier de Serre, La Quintinie ou Duhamel du Monceau, font part de leur profond scepticisme sur la pratique de ce jardinage «astronomique», aux forts relents d'astrologie, «science» fort peu exacte s'il en est. On sait en effet, aujourd'hui, que les constellations (y compris celles du zodiaque) n'ont aucune existence réelle dans la mesure où les étoiles qui les composent sont parfois distantes de millions d'années-lumière les unes des autres. Si bien qu'un observateur situé à l'autre bout de la galaxie ne les verrait tout simplement pas! «Si la lune a une influence sur la performance agronomique des plantes, elle est infinitésimale», conclut Noëlle Dorion, professeur d'horticulture ornementale, membre de la Société nationale d'horticulture de France (SNHF) dans le rapport Jardiner avec la Lune: mythe ou réalité? qu'elle a corédigé en 2011 avec Jacques Mouchotte.

Traditions millénaires

À l'occasion du récent Salon de l'Agriculture, qui s'est tenu du 21 février au 1er mars, à la porte de Versailles, à Paris, Le Figaro a invité cette biologiste à débattre avec Alain Delavie, rédacteur en chef de Rustica, sur le stand «Planète semences», du bien fondé de cette correspondance étrange entre la position des astres, le développement des végétaux et les travaux du jardin.

«Il s'agit de traditions élaborées au fil des siècles et des millénaires, explique Alain Delavie. Elles ont été reprises par des auteurs plus ou moins célèbres comme Maria Thun qui ont établi ces correspondances, appliquées depuis par un grand nombre de jardiniers pour qui ça marche», même si les mécanismes sous-jacents n'ont pas été pour l'heure clairement établis.

Bien sûr la lune n'est pas selon, notre confrère, le seul critère de réussite dans un jardin. «Il faut d'abord tenir compte de la météo et pratiquer un jardinage bio. En outre les calendriers de jardinage que nous éditons tiennent évidemment compte des saisons: on ne va pas recommander de semer des tomates en février sous prétexte que cela tombe dans un ‘jour fruit'».

Pas de témoin

Noëlle Dorion estime difficile de réaliser des expérimentations valables sur les phases de la Lune car il n'y a pas de témoin possible: lors d'un semis en phase racine, par exemple, on ne peut pas avoir au même moment un jour «non racine» pour comparer les deux. Les travaux de la biodynamiste Maria Thun évoqués par Alain Delavie se heurtent, selon elle, à cette difficulté. Autre problème: «Seuls les résultats positifs sont évoqués» déplore-t-elle en faisant remarqué que ces travaux n'ont jamais été publiés dans des revues scientifiques et soumis à expertise par d'autres scientifiques.

Troisième remarque de sa part: «Les agriculteurs, horticulteurs et maraîchers professionnels, y compris bio, parviennent à produire et à nourrir la population correctement en semant, plantant, repiquant sans tenir compte le moins du monde des phases de la lune».

Mouvements de sève

Un argument qu'Alain Delavie ne conteste pas: «Il n'y a aucune obligation» à tenir compte du cycle lunaire. Heureusement, est-on tenté de dire tant il est difficile de jongler avec la météo et les week-ends, surtout quand on travaille! «Il s'agit d'une indication pour le jardinier, qui reste maître du calendrier de ses travaux, poursuit-il. Si nous publions tous les ans un calendrier lunaire, c'est parce que nos lecteurs nous le demandent. Nous essayons de répondre à cette demande au mieux depuis la fin des années 70.»

Noëlle Dorion en convient: «l'almanach de Rustica fonctionne très bien, indépendamment de la Lune, car il est remarquablement bien fait!». Du coup, il «oblige les jardiniers à être plus attentifs à ce qu'ils font». Pour le plus grand bien, au final, de leurs plantes et de leur jardin. En revanche, la biologiste désavoue les pseudos tentatives d'explication du «phénomène lunaire» qui «induisent les gens en erreur» en leur laissant croire à tort que l'on connaît les mécanismes d'action. C'est le cas, selon elle, lorsqu'il est dit de manière «catégorique» que «les phases montantes ou descendantes de la Lune correspondrait à des mouvements de sève différents, alors qu'aucune expérimentation n'a jamais rien mis de tel en en évidence».

Marc Mennessier