Les arbres ont une vie secrète que nous n'imaginons pas


GETTY IMAGES/ISTOCKPHOTO


Ils parlent entre eux, partagent les richesses du sol, s'entraident, apprennent les uns des autres. Bienvenue dans le monde merveilleux des arbres. Une vie secrète dont la science découvre progressivement l'étendue et la complexité.

Dans un récit passionnant et engagé, publié en janvier 2017 en français, Peter Wohlleben, un forestier allemand qui travaille à la tête d'une forêt gérée de manière non productiviste raconte la vie intime de ces végétaux si commun: les réseaux de filaments créés par les champignons, la grande sociabilité des hêtres, la langage des racines qui craquent et l'incroyable pulsion de vie des arbres.

Nous les pensions silencieux, éteints, immuables. Après la lecture de ce livre, vos promenades en forêt vont prendre une tout autre dimension. Allons même plus loin puisque Peter Wohlleben s'y risque en s'appuyant sur des études publiées dans les plus sérieuses revues scientifiques, les arbres ont bien des leçons à nous donner en terme de partage et de communication. Ce sont des êtres sociables qui aiment la compagnie des autres et ce tout en conservant chacun leur propre caractère.

MELISSA FAGUE


Un arbre a besoin de ses semblables pour s'épanouir

Tout bon jardinier et forestier le sait, un arbre a besoin de place pour capter le maximum de lumière et pour pouvoir se développer au mieux sous terre comme dans les airs. Sauf que cette règle immuable est fausse. Un arbre comme l'hêtre a besoin d'être bien entouré. Par leurs racines, les arbres ne captent pas seulement l'eau du sol, ils communiquent, s'échangent de quoi se nourrir. Ils savent qu'à plusieurs, ils seront plus forts pour faire face à la météo par exemple.

Cela vaut aussi pour les attaques d'insectes. Cette petite chenille qui grignote un morceau de feuilles? L'arbre ne va pas se laisser faire comme ça. Il commence par produire un gaz qui va repousser les insectes. Ce gaz, les arbres voisins le sentent eux aussi et vont en produire à leur tour. Sauf que la portée de celui-ci n'est pas très grande. Mieux vaut donc utiliser des moyens de communication plus fiables.

Les racines et les champignons sont tout indiqués. Les champignons sont la fibre internet de la forêt. Dans une cuillère à soupe, des chercheurs ont trouvé plusieurs kilomètres de réseaux filaires. Ainsi, l'arbre prévient ses congénères du danger tout proche. Bien sûr, cette protection n'est pas infaillible mais l'entraide leur permet de survivre.

Cette entraide vaut aussi quand un arbre de la même espèce est malade. Ses congénères vont l'aider à se rétablir jusqu'au bout, en lui donnant de quoi se nourrir par les racines. Impossible de s'arrêter avant qu'il soit rétabli ou qu'il meure. Là encore, un tronc qui paraît mort peut encore vivre grâce à la solidarité des arbres pendant plusieurs années, a remarqué le forestier allemand.

GETTY IMAGES/EYEEM


Un arbre est élevé à la dure, mais c'est pour son bien

Les jeunes pousses, elles, ne demandent qu'une chose, croître, encore et encore. Problème, dans les forêts naturelles, celles qui n'ont pas été "ordonnées" par l'homme, les jeunes pousses n'ont pas la place, ni la lumière suffisante pour se développer comme ils le voudraient. À dessein.

La science a donné raison aux arbres adultes qui se gardaient bien de faire de la place aux plus jeunes. Sous les houppiers (les branches hautes des arbres), les pousses obtiennent 3% des rayons du soleil, soit juste ce qu'il leur faut pour opérer une photosynthèse minimale. Cette restriction de lumière est ce que le forestier allemand appelle "une mesure éducative". Comme l'a prouvé la science, croître lentement au début de sa vie, c'est multiplier ses chances d'atteindre un âge avancé.

Outre cette vision à long terme, les arbres ont aussi une connaissance extrêmement fine du temps qui passe et de la succession des saisons. Parfois, il peut y avoir de fraîches journées d'été ou des journées d'hiver printanières. Pourtant, l'arbre ne s'y fait pas prendre, pas de protection contre le froid dans la première situation, ni de bourgeon dans la deuxième. Il sait en effet corréler la longueur des journées et la température ressentie.

GETTY IMAGES/ISTOCKPHOTO


Un appel à la prise de conscience

De même les graines perçoivent elles aussi les températures. Les futurs arbres ne s'aventurent pas à sortir de leur enveloppe juste avant les frimas de l'hiver par exemple. Ce qui est plutôt facile à faire lorsque l'on est sous une fine couche de terre et que l'on ressent moins les variations de température. En revanche, les graines de bouleau qui sont à la surface du sol, doivent faire elles-mêmes le calcul. Un tour de force qui assure la survie de ces arbres et forêts depuis des millénaires.

Et pourtant, l'homme, par méconnaissance bien souvent, ne respecte pas l'arbre. Peter Wohlleben salue le chemin parcouru par le grand public pour mieux prendre en compte la souffrance animale dans sa consommation de viande. Il faudrait en faire de même pour les arbres, réclame-t-il. "Quand on sait qu'un arbre est sensible à la douleur et a une mémoire, que des parents-arbres vivent avec leurs enfants, on ne peut plus les abattre sans réfléchir, ni ravager leur environnement en lançant des bulldozers à l'assaut des sous-bois", écrit le garde-forestier.

Les "grand végétaux n'ont pas de cerveau, ils ne peuvent se déplacer que très lentement, leurs préoccupations sont sans rapport avec les nôtres et leur quotidien se déroule dans un ralenti extrême. Comment s'étonner que les arbres soient traitées comme des choses, même si personne n'ignore que ce sont des organismes vivants? [...] Nous devons traiter les arbres comme nous traitons les animaux, en leur évitant des souffrances inutiles."

Sandra Lorenzo

Vidéo de survol de Mars réalisée à partir d'images réelles



Egger Ph.

Du venin d'araignée pour protéger le cerveau après un AVC ?


Une petite protéine provenant du venin d'une araignée pourrait protéger le cerveau après un accident vasculaire cérébral (AVC), ont découvert des chercheurs australiens.

"Nous pensons que nous avons trouvé pour la première fois un moyen de minimiser les effets dévastateur d'un AVC" sur le cerveau, estime le professeur Glenn King de l'Institut de bioscience moléculaire à l'Université de Queensland, en Australie, l'un des principaux auteurs de cette découverte publiée ce lundi 20 mars dans la revue PNAS.

Cette protéine baptisée "Hi1a", bloque le mécanisme cérébral principalement responsable des dommages cérébraux qui se produisent après un AVC, explique-t-il. C'est dans l'araignée australienne Hadronyche infensa que les chercheurs ont découvert cette molécule.

Attention, un éventuel traitement est encore très loin. Pour l'instant, la protéine a été testée sur des cellules humaines et sur des rats uniquement, précise Ars Technica.

Une dose peut suffire, même 8 heures après une attaque

"Les études pré-cliniques ont montré qu'une simple dose de cette protéine administrée jusqu'à huit heures après une attaque cérébrale protégeait les tissus cérébraux et améliorait très fortement les performances neurologiques", précise le chercheur.

"Cette découverte va nous aider à fournir des perspectives plus favorables aux survivants d'un AVC en limitant les dommages cérébraux et les handicaps dévastateurs qu'ils provoquent", estime le professeur King.

Les AVC, qui résultent de la formation d'un caillot de sang, font six millions de morts par an dans le monde et laissent cinq millions de survivants avec des infirmités permanentes.

Des essais cliniques à venir

"L'un des aspects les plus prometteurs de cette protéine est le fait qu'elle offre des niveaux exceptionnels de protection pendant huit heures après un AVC, ce qui représente une fenêtre remarquablement longue de traitement", pointe-t-il.

Cette protéine fournit même un certain degré de protection aux régions centrales du cerveau qui sont les plus affectées par la privation d'oxygène et qui sont généralement irrécupérables en raison de la destruction rapide des cellules cérébrales résultant de l'AVC, indiquent ces chercheurs.

"Nous travaillons actuellement à réunir les fonds nécessaires pour financer des essais cliniques afin de pouvoir commercialiser rapidement ce traitement prometteur", précise le professeur King.

Grégory Rozières 

7 différences entre la dépression et le burn-out


Les Semaines d'Information sur la Santé Mentale ont lieu en ce moment sur la thématique "Santé Mentale et Travail". Les chiffres préoccupants de la dernière enquête Ipsos nous aident à comprendre l'importance de cette thématique, l'urgence de la mobilisation des professionnels de l'emploi et du soin: 47 % des français pensent avoir frôlé le burn-out, un tiers des français s'est également senti affaibli professionnellement au point de tomber malade.

Soyons prudents dans notre interprétation des chiffres puisqu'il semble aujourd'hui que le burn-out devienne l'étiquette psychopathologique par excellence que l'on se colle à soi-même après un rapide auto-diagnostic. J'entendais il y a quelques jours une femme s'exprimer "Julie fait son burn-out. Celui de Mélanie est guéri. Mais Thomas commence à en faire un aussi". Le burn-out serait en passe de devenir une étape humaine ou l'équivalent sémiologique de la perversion narcissique: les deux variantes identitaires de l'homme hypermoderne. Derrière ce terme s'expriment néanmoins des détresses et des symptômes concrets. Pour redonner à cette pathologie ses spécificités et permettre une meilleure prise en charge, il convient d'abord de détricoter l'amalgame entre dépression et burn-out. J'écrivais dans Le Nouveau Choc Des Générations:

"La dépression n'est pas le vide dispensable qui surgit lorsqu'il n'est plus possible de courir. Elle est le vide hautement signifiant qui empêche de marcher."

Quelques éléments de différenciation:

1. L'entrée dans la maladie.
Dans la dépression comme le burn-out, la pathologie s'installe dans une chronicité progressivement. Pourtant, dans le burn-out, on remarque souvent une décompensation, un coup d'arrêt brutal, un effondrement, contrairement à la dépression où l'affaiblissement des ressources se poursuit jusqu'à ce que la détresse conduise le sujet ou son entourage à demander de l'aide. Certains cliniciens considèrent que l'insomnie est, chez le dépressif, une tentative du psychisme pour lutter contre la maladie, tandis que chez le patient en burn-out, elle conclut l'explosion symptomatique: le repos n'est alors plus possible.

2. L'origine. 
De nombreuses théories psychanalytiques, cognitives et biologiques ont été proposées pour expliquer la dépression et ce, depuis 1856. Le "burn-out" a été identifié plus récemment et s'aborde surtout par les approches cognitives. On considère qu'il survient lorsque les ressources cognitives et affectives d'un sujet sont saturées, sidérées par la pression, incapables de traiter et de s'adapter encore aux afflux extérieurs.

3. Le syndrome. 
Le burn-out s'apparente à la fragilisation de l'organisme et du psychisme suite à un stress (une agression extérieure) répété. Il survient essentiellement dans le cadre professionnel. La dépression, peut également survenir comme la conséquence à des événements vécus par le patient, traumatiques ou non, mais pas nécessairement. Ce syndrome peut s'associer à différentes pathologies psychiatriques. Les psychanalystes utilisent parfois l'expression "angoisse de perte d'objet" pour définir ce mal-être, la douleur impensable, l'épuisement d'une existence qui a perdu de son sens. Cette béance identitaire, autrefois dite "mélancolique" qui entraîne un vécu altéré de vide, de mort. Le sujet en burn-out ne trouve plus le repos, le déprimé est prisonnier d'une fatigue de tout.

4. L'humeur. 
Dans le burn-out, le patient a le sentiment d'être à bout de force, ces ressources cognitives se sont consumées et produire un effort est devenu impossible même si la lutte interne pour y parvenir se poursuit longtemps. Irritabilité prononcée, colères explosives, crises de larmes, hébétude, panique et découragement s'entremêlent pour modeler un délétère sentiment de handicap. Pour la dépression on évoque souvent l'humeur dépressive comme un élément diagnostic. Ce n'est pas une simple tristesse qui dure mais une intense douleur morale, une altération de l'estime de soi-même (parfois extrêmes) un abattement qui s'exprime mentalement et physiquement.

5. L'impact sur le corps. 
Il est plus ardu de les différencier sur ce point. Pour la dépression, on avance "la perte de l'élan vital", un ralentissement psychomoteur qui touche la mobilité corporelle, la gestuelle, la voix et le discours, les mimiques: l'asthénie dépressive. Dans le burn-out, on peut remarquer également cette diminution physique et bien sûr l'altération des facultés cognitives (mémoire, attention, concentration, langage) mais notons surtout cette tentative continue de produire un effort... et de ne pas y parvenir. Le travail engendre une fatigue persistante, des algies, une dégradation du sommeil et diverses somatisations (troubles digestifs, dermatologiques). Au repos apparaissent migraines, douleurs musculaires, etc.

6. Les idéations. 
Le déprimé peine à se projeter dans l'avenir, un cynisme, un pessimisme et une nostalgie exacerbés (passé idéalisé) marquent son rapport au monde. L'asthénie est aussi affective et on relève fréquemment une indifférence envers les autres, une atonie émotionnelle. Dans le burn-out, le sujet peut avoir une impression de dépersonnalisation, un vécu d'agression ou de persécution, une phobie de son milieu professionnel, il n'envisage plus sa place dans le système qui le fait souffrir, c'est son environnement direct qui lui semble menaçant. On remarque un sentiment d'insécurité, une volonté d'isolement. Dans les deux pathologies peuvent s'exprimer des pensées suicidaires.

7. Une résonnance sociale. 
Notre société est dépressiogène et nous fragilise narcissiquement en prétendant que des "fétiches" nous permettent de traverser les différents deuils de l'existence quand seuls la pensée et le langage le permettent, que le manque qui nous constitue est une vulnérabilité dont il convient de se débarrasser. Mais on peut également arguer que l'obsession de brillance-performance-jouissance, et la menace omniprésente de "la crise" et ses exclusions conduit également les sujets à se mobiliser bien au-delà de leurs capacités physiques et psychiques: à risquer constamment le burn-out pour tenir le rythme de l'accélération sociale.

Si certains symptômes ne sont pas toujours associés et spécifiques, si chaque sujet est singulier, ces quelques éléments ouvrent à une plus nette séparation entre ces entités nosographiques. Rappelons que dans les deux cas, une prise en charge précoce par un professionnel peut permettre d'éviter la chronicisation des troubles et de retrouver plus rapidement une meilleure qualité de vie.

Samuel Dock
Psychologue clinicien et écrivain